L'immunothérapie, le système immunitaire comme allié contre le cancer

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Le système immunitaire, notre première ligne de défense

Imaginez une armée silencieuse qui patrouille en permanence dans votre corps, 24 heures sur 24, prête à neutraliser tout ce qui ne devrait pas s'y trouver : virus, bactéries, cellules défaillantes. C'est exactement ce que fait votre système immunitaire. Il reconnaît le « soi » du « non-soi », repère les anomalies et les élimine, le plus souvent sans que vous vous en rendiez compte. Ce système est d'une précision remarquable. Et pourtant, parfois, cette machine se fait berner.

Quand les cellules cancéreuses jouent à cache-cache

Les cellules cancéreuses ne sont pas passives. Elles mutent, s'adaptent et développent des stratégies pour échapper aux défenses du corps. Certaines apprennent à se « déguiser » pour passer inaperçues. D'autres sécrètent des signaux chimiques qui endorment littéralement les cellules immunitaires qui les entourent, comme si elles leur disaient : « Circulez, il n'y a rien à voir ici. »
Le résultat : la réponse du système immunitaire, pourtant capable d'éliminer des millions de menaces par jour, reste insuffisante face à la tumeur qui grossit. Le cancer reste cependant une maladie que la science apprend chaque année à mieux combattre, et l'immunothérapie en est l'une des illustrations les plus prometteuses de ces dernières années.

Les immunothérapies : réveiller ce qui sommeille

Le principe des immunothérapies n'est pas d'attaquer directement la tumeur avec des molécules chimiques, comme le fait la chimiothérapie ou la radiothérapie. Il s'agit de quelque chose de plus subtil : rendre au système immunitaire la capacité de faire son travail. Dans cette approche, le système immunitaire est vu comme un médicament naturel, et non plus chimique.
Concrètement, les immunothérapies peuvent être mises en œuvre de plusieurs façons.

Les inhibiteurs de checkpoint lèvent le frein que les cellules tumorales ont mis sur les lymphocytes T. Une fois libérées de ce blocage, ces cellules immunitaires retrouvent leur efficacité naturelle contre le cancer.

Et puis il y a les cellules CAR-T, peut-être la technique la plus spectaculaire. On prélève des globules blancs du patient, on les reprogramme génétiquement en laboratoire pour qu'ils reconnaissent et attaquent les cellules tumorales, puis on les réinjecte. Le système immunitaire du patient devient un médicament sur mesure. Aujourd'hui, cette approche est déjà utilisée, notamment pour traiter certaines leucémies chez l'enfant et le jeune adulte, ainsi que des lymphomes chez l'adulte.

Les chercheurs travaillent aussi à la mise au point de vaccins thérapeutiques, une approche très différente des vaccins préventifs que nous connaissons. L'idée n'est pas de prévenir la maladie, mais d'apprendre au système immunitaire du patient à reconnaître et attaquer les cellules de sa propre tumeur, en identifiant ce qui la rend unique. C'est un travail de haute précision, encore en développement, mais qui représente l'une des pistes les plus prometteuses pour l'avenir.

Ces différentes approches peuvent aussi se combiner. Les perspectives de combinaisons thérapeutiques, immunothérapie associée à la chimiothérapie, à la radiothérapie, ou à des thérapies ciblées, font d'ailleurs partie des axes de recherche les plus actifs aujourd'hui.

Les immunothérapies et cancers pédiatriques : pourquoi c'est plus complexe ?

Les immunothérapies et cancers adultes ont fait un bout de chemin ensemble depuis une quinzaine d'années, avec des résultats parfois spectaculaires. Mais chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes, la prise en charge est plus nuancée, pour plusieurs raisons.

Le premier obstacle, c'est la biologie. Les tumeurs du système nerveux, les leucémies lymphoblastiques, les sarcomes qui touchent les enfants sont des maladies biologiquement très différentes des cancers adultes qui ont servi de terrain d'expérimentation aux immunothérapies. Les facteurs de transcription impliqués dans ces cancers sont propres à ces tumeurs et demandent des approches spécifiques. Ce qui fonctionne chez l'adulte ne se transfère pas automatiquement à l'enfant.

Le second obstacle, c'est l'immunologie elle-même. Le système immunitaire d'un enfant de 3 ans n'est pas celui d'un adulte de 40 ans. Il est encore en développement, avec ses propres réponses immunitaires antitumorales naturelles, plus réactives sur certains aspects, plus fragiles sur d'autres. Les chercheurs doivent cartographier ces différences pour concevoir des immunothérapies efficaces et adaptées, et cela prend du temps.

Le troisième obstacle, malheureusement, est économique. Les cancers pédiatriques représentent moins de 1 % de l'ensemble des cancers. De ce fait, les industriels investissent peu spontanément dans ces pathologies. La recherche publique, les grandes institutions comme l'Institut Curie ou Gustave Roussy, et les associations de patients prennent donc le relais pour financer l'innovation.

Immunothérapies et cancers pédiatriques : où en est la recherche ?

Grâce aux avancées thérapeutiques en immunothérapie des dernières décennies, 80 % des enfants malades sont aujourd'hui guéris. Mais pour ceux atteints d'une forme réfractaire ou en rechute, il n'existe encore aucune solution efficace. C'est précisément là que la recherche en immunothérapie concentre aujourd'hui ses efforts.

Pour le neuroblastome, un cancer du système nerveux qui touche surtout les jeunes enfants, un premier essai clinique rapporté dans le New England Journal of Medicine a montré que sur 27 patients traités par des cellules CAR-T ciblant la protéine GD2, 17 ont obtenu une réponse au traitement, dont 9 de manière complète et 8 de manière partielle. Parmi les patients ayant reçu la dose recommandée, la survie globale à 3 ans était de 60 % et la survie sans événement de 36 %. Ces résultats sont encourageants, mais les cellules CAR-T peinent encore à persister dans l'organisme, et une efficacité durable n'a été observée que chez un tiers des patients. Pour aller plus loin, les équipes de Gustave Roussy ont conçu une approche inédite : associer ces cellules CAR-T GD2 à des macrophages modifiés, appelés CAR-iMAC, qui ciblent eux aussi la molécule GD2. Les premiers résultats en laboratoire confirment que cette combinaison améliore l'efficacité des CAR-T contre le neuroblastome, même si l'approche reste encore au stade expérimental.

À l'Institut Curie, des chercheurs ont mis en évidence que le facteur de transcription EWS-FLI1, spécifique au sarcome d'Ewing, induit l'expression de peptides hautement spécifiques aux cellules tumorales et absents des cellules saines. Ces peptides, retrouvés dans une grande diversité de sarcomes de l'enfant, constituent des cibles prometteuses pour le développement de futurs vaccins thérapeutiques ou de thérapies CAR-T. En mai 2025, le Dr Joshua Waterfall a reçu un prix international d'un million d'euros sur quatre ans pour poursuivre ces travaux grâce à l'intelligence artificielle.

En 2026, une première mondiale a été franchie : des cellules immunitaires anticancer ont été produites directement dans le corps d'un patient, sans extraction ni manipulation préalable en laboratoire. Ces cellules CAR-T « in vivo », administrées via une simple injection, pourraient à terme élargir considérablement l'accès à ces thérapies, aujourd'hui longues à fabriquer, coûteuses et disponibles dans un nombre limité de centres. Des premiers essais cliniques sur l'humain sont en cours.

Une médecine qui se construit maintenant

Le traitement des cancers pédiatriques par immunothérapie est un chantier ouvert porteur d'espoir. Ces approches ne remplaceront pas demain la chimiothérapie ou la chirurgie, mais elles les complètent, et dans certains cas leur succèdent là où elles échouent.

Pour que ces espoirs deviennent des traitements accessibles à tous les enfants malades, la recherche a besoin de temps, d'essais cliniques rigoureux et de financement durable. C'est précisément pour cela que la Fondation Comyces pour l'Enfance s'engage à soutenir la recherche contre le cancer pédiatrique en finançant des programmes de recherche médicale sérieux et en développant des partenariats avec des instituts de recherche. 

Vous aussi, vous pouvez participer, en faisant un don à la Fondation Comyces.
Sources